Un rapport de l’Organisation mondiale de la santé avance un chiffre qui fait réfléchir : près de 70 % des événements indésirables graves dans les établissements de soins seraient liés à des failles de communication entre professionnels. Pourtant, malgré la multiplication des protocoles de coopération, leur application reste très variable selon les structures et les spécialités.
Les frontières statutaires dressent encore trop souvent des barrières entre métiers, alors même que certaines équipes locales démontrent qu’un partage assumé des compétences fait progresser à la fois la sécurité et la qualité des soins. Ici, la question n’est pas qu’une affaire d’ambiance : c’est la performance du système de santé tout entier qui se joue dans la capacité à construire des passerelles entre professions.
Comprendre la relation interprofessionnelle dans le secteur de la santé
Impossible aujourd’hui de penser le secteur de la santé sans évoquer la relation interprofessionnelle. Mais qu’englobe vraiment cette notion ? Elle désigne une forme de collaboration structurée entre plusieurs professionnels de santé, infirmiers, médecins, pharmaciens, kinésithérapeutes, réunis en équipe pour mettre en commun leurs expertises au service d’une prise en charge optimale. Les publications de Staffoni, Schoeb ou Pichonnaz Becherraz Knutti rappellent combien une collaboration interprofessionnelle fluide et structurée est devenue une attente centrale.
La définition de la relation interprofessionnelle dépasse largement la simple transmission d’informations. Elle implique une interaction continue, une reconnaissance réciproque des compétences, et la recherche collective de solutions adaptées à chaque patient. Cet état d’esprit s’inscrit dans une véritable culture du travail en équipe : chaque membre, du médecin au professionnel de la rééducation, occupe un rôle précis et reconnu, défini par des référentiels communs.
Quelques situations illustrent concrètement ce fonctionnement :
- Réunions pluridisciplinaires pour discuter des dossiers complexes
- Partage des informations patient via des outils numériques sécurisés
- Construction de protocoles d’intervention élaborés en commun
La collaboration interprofessionnelle CIP (collaborative interprofessional practice) s’invite tout particulièrement dans la gestion des parcours de soins complexes, là où la frontière entre spécialités s’efface pour laisser place à une prise en charge globale. Les études de Becherraz Knutti Bianchi et de Schoeb Pichonnaz Becherraz insistent sur la dimension évolutive : chaque équipe adapte sa dynamique selon le contexte, la structure et les besoins du patient. Résultat : pas deux équipes identiques, mais une même volonté de conjuguer les forces.
Quels enjeux majeurs pour les professionnels et les patients ?
Mettre en œuvre la relation interprofessionnelle transforme le quotidien des équipes soignantes. Ici, chacun est invité à réfléchir à sa place, loin de la simple somme de tâches. Coopérer rime avec dialoguer, construire ensemble, et surtout, éviter les ruptures dans le parcours du patient grâce à une communication continue.
Pour les praticiens, ce mode de collaboration renforce la cohésion du groupe. La diversité des points de vue enrichit la réflexion, la prise de décision devient plus pertinente, et la qualité des soins s’élève. Les travaux de Staffoni, Becherraz Knutti Bianchi ou Schoeb Pichonnaz Becherraz pointent tous vers le même constat : mieux coordonner les métiers, c’est réduire les risques d’erreurs, éviter les doublons et mieux utiliser les ressources disponibles.
Côté patient, les bénéfices sont immédiats. Le suivi est plus cohérent, la compréhension du projet de soin s’améliore, les transitions entre intervenants se font sans heurts. La collaborative practice répond à l’exigence d’un système de santé toujours plus complexe, où chaque situation nécessite une réponse sur-mesure.
| Enjeux pour les professionnels | Enjeux pour les patients |
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Installer une culture de la collaboration interprofessionnelle, c’est donc transformer le quotidien de tous. Les patients y trouvent plus de clarté et d’écoute ; les soignants se sentent valorisés, impliqués dans un collectif où la confiance prend toute sa place.
Des freins persistants à la collaboration : constats et réalités du terrain
Sur le papier, la collaboration interprofessionnelle fait l’objet d’un consensus. Pourtant, une fois sur le terrain, des résistances subsistent. Les recherches suisses menées par Becherraz Knutti Bianchi mettent en évidence la persistance de barrières aussi bien culturelles qu’organisationnelles. Beaucoup de professionnels, toutes catégories confondues, défendent encore leur périmètre de compétences, au détriment du collectif.
Le chevauchement des compétences est souvent source de crispations. L’hyper-spécialisation, la redéfinition constante des rôles nourrissent la crainte de perdre sa place, voire la tentation de se replier sur son champ d’expertise. S’ajoute la question des modèles de financement : ils sont rarement compatibles avec le travail d’équipe et privilégient l’addition d’actes individuels plutôt que la construction d’un projet partagé.
Pour mieux comprendre ces obstacles, voici les difficultés les plus fréquentes et leurs conséquences :
| Freins identifiés | Conséquences potentielles |
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Les études de Schoeb Pichonnaz Becherraz ajoutent que le manque de données solides sur l’impact réel de certains dispositifs collaboratifs freine leur diffusion. Les audits qualité restent rares, ce qui limite la généralisation de ces pratiques, malgré leur potentiel avéré.
Vers une pratique collaborative efficace : leviers et perspectives d’évolution
Pour donner un véritable élan à la pratique collaborative, il faut repenser la façon dont les équipes s’organisent et coopèrent au sein du système de santé. Des outils concrets existent : adoption de plans d’intervention ou de plans de services individualisés, partage de protocoles, réunions régulières, plateformes numériques pour échanger des informations sensibles, tout concourt à clarifier les rôles et renforcer la complémentarité.
La formation professionnelle reste le moteur principal de cette évolution. Intégrer des modules sur la communication, la négociation ou la gestion des désaccords dans les formations initiales et continues change la donne. Plusieurs projets pilotes, notamment en Suisse (Pichonnaz, Becherraz, Staffoni), montrent que bâtir une culture commune prend du temps, mais produit des effets durables.
Par ailleurs, les jeunes générations, plus attentives à la notion de « patient partenaire », bousculent les habitudes. Elles font évoluer la hiérarchie, favorisent l’écoute et encouragent la prise de décision partagée. Le soutien des institutions, qu’il s’agisse d’incitations à la coopération ou de l’ajustement des financements, est décisif pour que ces pratiques s’ancrent dans la durée. Enfin, évaluer objectivement la dynamique collaborative, grâce à des audits, des indicateurs partagés, des retours d’expérience des patients et familles, permet d’adapter en continu les pratiques, sans jamais perdre de vue la qualité des soins.
Quand les murs tombent entre les métiers, la santé avance, portée par la force du collectif. Reste à transformer les bonnes intentions en réflexes quotidiens, pour que chaque patient bénéficie d’une équipe qui joue vraiment ensemble.


